Rockies Adventure Tours Ltd

Les spécialistes francophones de l'Ouest Canadien


 

Une arrivée difficile : En ce début de printemps les Rocheuses Canadiennes décident une fois de plus de jouer la carte du contraste surprenant. Finis les 14°C et le ciel immensément bleu qui écrase les plaines…ce matin 15 centimètres de neige humide recouvrent le paysage et les routes.

Difficile de rejoindre la maison d'Andy Russel dans ces conditions. Après un tout droit dans le village de Waterton Village qui c'est soldé par un arrêt limite à 25 cm d'un arbre, me voilà embarqué sur une piste recouverte d'une épaisse couche de neige humide et lourde. Cette neige de printemps ce transforme immédiatement sous les roues du véhicule en un superbe ruban blanc lisse et glissant à souhait. Le doute sur les capacités de mon véhicule à pouvoir continuer à ouvrir la trace sur cette étendue de neige vierge, se confirme rapidement. A mi distance de la maison d'Andy Russel, le van dérape et refuse finalement de faire un mètre de plus dans la pente. La piste est trop raide, la neige trop glissante et un véhicule à propulsion n'est pas des plus adapté à ce genre d'exercice rapidement périeux.

Fin de l'aventure, dehors, les pieds dans la couche épaisse de neige, je constate avec dépit ma situation cocasse, je suis au milieu de pas grand chose, avec un rendez-vous auquel je n'arriverais pas à l'heure et une seule option faire le chemin en marche arrière jusqu'en fond de vallée pour pouvoir faire demi-tour et espérer remonter jusqu'à la première maison pour téléphoner ou faire le reste du chemin à pieds et bloquer la piste en abandonnant le véhicule. Après quelques sueurs froides et dérapages incontrôlés à la limite du fossé, j'ai enfin réussi à faire demi-tour. Je regarde avec anxiété la longue montée qui m'attend pour atteindre la prochaine maison. De toute façon il faut absolument que je dégage la piste…alors !!! La boite automatique enclenchée en position manuelle sur la première, j'enfonce la pédale et tente de tenir le van en ligne, l'arrière pense continuellement à passer devant ! Le parking plat tant espéré est enfin atteint et les propriétaires de la maison me prêtent volontiers leur téléphone pour prévenir Andy Russel de ma situation embarrassante. La voiture 4X4 arrive lentement depuis le haut de la colline.

 

Andy Russel 86 ans trace la route pour venir chercher son invité. Son regard bleu vif ne laisse aucun doute sur la personnalité de cet homme de l'Ouest Canadien. L'éclat, la force de ce regard vous transperce et vous rappelle immédiatement qu'il est un des plus grands personnages de l'Ouest Canadien à la vie riche et sauvage. Né en 1915 en Alberta, à quelques miles à l'Est de sa résidence actuelle qu'il occupe depuis 1920, sa famille originaire du Sud de l'Angleterre et d'Ecosse est venue s'installer dans l'Ouest Canadien après avoir quitter Ottawa en Ontario. Sa vie particulièrement riche comme guide et naturaliste engagé dans la défense du wilderness lui a donné l'occasion d'écrire 12 livres et de tourner un film au succès immense Grizzly Contry. Assis dans le petit salon de sa maison d'hiver à l'abris du vent quasi continuel qui souffle dans cette partie de l'Alberta, je découvre cet homme qui fait parti de l'histoire de l'Ouest canadien. Tout ici respire la simplicité…mais aussi laisse deviner une vie rude et fascinante. Un fusil de chasse est appuyé dans un encadrement de porte et quelques photos d'ours vous rappelle que la famille Russel fait partie de ces naturalistes passionnés qui tentent de préserver une des espèces les plus symboliques du wilderness.

Pouvez vous me donner quelques moments importants dans votre vie et dans l'histoire de votre famille ? " Bien, c'est difficile, j'ai écrit 12 livres sur ma vie et il y a énormément d'évènements importants, je pourrais vous en parler pendant 3 jours…lorsque je regarde ma vie passée, j'ai du mal à vous donner un événement en particulier. Ce que je me rappelle lorsque j'étais enfant, c'est que j'avais à la maison, des chevaux, des chiens et que mes parents me laisser une réelle liberté. Contrairement aux autres enfants qui travaillaient dur dans les ranchs voisins, je partais explorer les environs tous les jours. Les autres n'étaient pas si chanceux".

C'était un sentiment de liberté totale "Un sentiment de liberté, une liberté pour la qu'elle je suis extrêmement reconnaissant envers mes parents ". J'avais l'opportunité de faire tous ce qui me plaisait le plus et en particulier pêcher les truites. La pêche à la mouche était une de mes passions, j'ai même enseigné la pèche à la mouche comme instructeur ".

Ainsi vous passiez une grande partie de votre temps à l'extérieur dans le wilderness "Vous savez le wilderness était devant notre porte ". Il était possible de passer la limite de la réserve forestière juste à coté de notre propriété et de ne croiser que la ligne de chemin de fer en plusieurs semaines, la civilisation n'était pas vraiment présente, c'était très sauvage, une région immense de rivière de montagnes et de forêts"

Est ce vraiment différent de nos jours ? Non, je ne pense pas. Ici dans le Sud de l'Alberta, c'est pratiquement comme avant. Les ranchs existent toujours, ils ont laissé d'immenses espaces, nous avons également le Parc National. Il y a juste plus de routes, de pistes…

Vous avez été un guide particulièrement réputé dans la région. "J'ai été guide dans le Parc national de Waterton à partir de 1936 et nous pouvions traverser les montagnes jusque dans le Parc National de Banff ou les montagnes de Colombie-Britannique sans trouver trace de la civilisation ou croiser d'autres personnes. A cette époque, j'ai commencé mon activité d'Outfitter avec mon beau père. Nous étions très attentifs à la qualité du travail accompli. Un cowboy gagnait seulement 30 $ par mois en été dans un ranch et en hiver recevait seulement du tabac…C'était une activité avec la qu'elle nous gagnions bien notre vie".

Qu'est ce qui vous a pousser à arrêter votre activité de guide ? Le pays avait changé, les gens avaient changé.Nous étions les victimes du " progrès ". Le progrès peut être parfois nocif, réellement nocif. J'étais très en colère à cette époque car nous étions considérés comme faisant partie des 3 meilleurs Outfiters d'Amérique du Nord et j'ai pourtant du arrêter mon activité. Nous proposions et organisions des séjours à cheval de 3 à 4 semaines dans le wilderness. Maintenant proposé quelque chose de la même sorte est très difficile. Nous avons donc cessé notre activité dans les années 60.

Est ce la fin de votre activité qui a déclenché votre passion pour la protection de la nature et des ours ? Oui absolument, j'ai réalisé que quelqu'un devait s'en occupait. A cette époque on ne se préocupait pas vraiment de la nature. Personne ne savait réellement quoi faire. Avec le recul nous avons pas mal réussit.

Est-ce que vous considérez que le Parc National était une des meilleures solutions ? Oui sans aucun doute. Je ne suis pas toujours d'accord avec la politique des Parcs, mais c'est réellement la meilleure solution. Nous avons une commission de protection très influente qui se bat pour la protection de la nature. Les gardes du parc font respecter la réglementation et conservent le parc dans son état naturel. Mais il faut rester vigilant aux décisions prises à Ottawa. Ils n'ont pas la connaissance des personnes qui vivent ici tout au long de l'année. Parcs Canada à le pouvoir de protéger l'environnement mais parfois ils suivent une mauvaise direction, c'est une administration qui peut échouer dans sa mission de protection. Je me souviens qu'après la seconde guerre mondiale les gardes ont tué un certain nombre d'ours grizzlis…Je me rappelle également avoir attrapé un gars qui avait tué un lagopède dans le Parc, je l'ai traîné jusqu'au poste des gardes du parc…il était complètement fou d'être ainsi traité…mais le meilleurs c'est que c'était un biologiste, il avait un permis pour ça, mais il ne l'avait pas avec lui…j'étais un guide officiel dans le parc, mais aussi un suppléant pour le service de contrôle de la pêche et de la chasse en Alberta.

Est-ce que le braconnage était un problème ou reste encore un problème dans la région ? Non la situation est correcte, mais dans le passé le braconnage posait effectivement certains problèmes. Maintenant les gardes du parc font leur boulot.

Nous considérons de nos jours les ours grizzlis comme une " espèce parapluie ", une espèce très importante dans l'équilibre de l'écosystème et représentative de son état de santé…pourquoi considérez-vous l'ours comme un animal essentiel ? Ce sont des animaux extrêmement puissants et ils sont ici depuis si longtemps, ils ont été maltraités. " Les ours sont des symboles du wilderness et si nous les perdons, nous perdons en même temps toute cette symbolique " J'ai été impliqué dans leur protection toute ma vie et je continue à l'être. Venez, je vais vous montrer quelque chose…ceci est mon livre Grizzly Country, c'est la troisième éditions depuis 1967, son impression n'a jamais été arrêtée en 35 ans, c'est un grand succès…un tel succès vous permet d'être influent. " Si personne ne préserve les grizzlis personne ne peut préserve le milieu dans lequel ils vivent "

Est-ce que vous avez le sentiment qu'il existe depuis le début de votre combat pour la protection des ours un moment particulièrement important ? " Non pas vraiment, les efforts doivent continuer encore et encore. De nos jours la situation s'améliore, mais il faut rester vigilant à ne pas développer certains secteurs particulièrement importants. Développer ces secteurs revient à tuer les ours. Regarder le cas des bisons, l'arrivée des colons, la constructions des grands ranchs et l'exploitation abusive des bisons a amené la disparition d'une population estimée à 66 millions dans toute l'Amérique du Nord ". " Perdre les ours ferait perdre une grande partie de sa valeur à ce pays ". (note : un particulier projette de mettre en vente pour la construction de maisons individuelles des terrains limitrophes au Parc National de Waterton. L'accord a été donné par la municipalité, mais Parcs Canada est en procès pour faire annuler le permis. Ce développement menace un territoire important pour le déplacement des prédateurs dans toute la région. Nous devons donc rester vigilants, mais parfois sans grande réussite. Canmore est un bon exemple C'était une petite ville et maintenant elle occupe tout le fond de vallée. Elle bloque la circulation des animaux et en particuliers des ours et des prédateurs comme les loups, les couguars et les lynx. L'été dernier un vététiste est rentré en collision avec un grizzly sur les pistes du centre de ski nordique à proximité de Canmore. Il n'y a plus de place pour les animaux.

Note de l'auteur : Canmore est une ville de 10.500 habitants à la limite sud du Parc National de Banff en Alberta (1er parc canadien crée en 1885). Avec une croissance moyenne d'environ 10 % par an, c'est la seule ville si proche d'un espace protégé qui se développe aussi vite. Les estimations donnent une population de 20.000 habitants en 2020 .

Mais y a t-il vraiment une solution ? Oui, il y a des solutions. Regarder ce qui se passe en Europe ou ailleurs en Amérique du Nord. Dans certains secteurs, les autorités ne tolèrent pas que les gens se déplacent partout à n'importe quel moment de l'année. Nous avons également un système de quotas sur certains sentiers. Nous devons absolument contrôler l'accès et les activités dans certaines zones à fin de protéger la faune et la flore.

Est-ce que vous vous considérez comme une des personnes qui a favorisé la connaissance et la protection des ours de façon significative ? Certainement, après la réalisation du film Grizzly Country, j'ai voyagé durant 11 ans partout en Amérique du Nord pour faire connaître et partager mes connaissances et mon expérience avec les ours. J'ai finalement renoncé à venir en Europe, j'étais vraiment lassé de toujours vivre avec une valise à la main loin de chez moi.

Avez vous facilement trouvé de l'aide à vos débuts ? Non, tout le monde pensait que j'étais fou. J'ai du passer beaucoup de temps pour trouver les financements du film et faire la promotion du projet. Une fois, j'étais à New-York et j'ai rencontré une personne très influente qui m'a dit : " Andy Russel si vous persister à vouloir filmer des ours, ils vont vous tuer ". Je l'ai regardé dans les yeux et lui ai répondu : " j'ai grandi avec les ours, ils sont très nombreux la ou je vis, mes enfants ont grandi avec les ours! " Ils étaient durs à convaincre. Durant les 3 années de tournage mes enfants, Charly et Dick, m'ont aidé à réaliser le film. Nous sommes allés également dans le Parc de Denali en Alaska…un autre excellent endroit pour observer les ours. " Nous avions des choses à dire sur les ours et nous les avons dite " Lors d'une projection du film devant une salle pleine de personnes réputées pour leurs connaissances sur les ours on m'a traité d'imposteur. C'est plus facile maintenant de communiquer avec le public, les gens sont mieux informés. Lorsque j'étais jeune, les ours étaient perçus comme des prédateurs.

Pourtant certaines personnes des grandes villes continuent à percevoir les ours sous cet angle. Vous vivez à quelques kilomètres de la frontière avec les Etats-Unis et le Montana. Avez vous constaté une attitude différence au sujet des ours dans le Montana et leur protection ? Non, je ne crois pas qu'il y ai de grosses différences.

Note de l'auteur : Pourtant au Etats-Unis en 1975 le grizzli était considéré comme une espèce menacée avec à peine 600 individus. Elle est passé selon les estimations à plus de 1200 rien que dans les états du Montana, Wyoming, Idaho et de Washington. Ce n'est qu'en 2001 que le gouvernement de BC a décidé d'imposer un moratoire de 3 ans sur la Chasse aux grizzlis. Au Canada les loups subissent une forte pression de la part des chasseurs, plus de 48 loups on été abattus dans le Sud de l'Alberta, alors qu'un triste record a été établi dans les territoires du Nord Ouest avec plus de 640 loups tués au cours de l'année 2000. La situation particulière des Parcs de Glacier (Montana) et de Waterton (Alberta) a donné naissance à un programme de coopération entre les université de Calgary (Canada) et l'Université du Montana (Etats-Unis). Les étudiants et les biologiste peuvent désormais travaillé en étroite collaboration afin de miex comprendre le fonctionnement global de la région frontalière de Flathead et Castle Valley, véritable réservoir naturel ou la biodiversité est quasiment intacte. " L'extinction des espèces est un processus naturel, mais il arrive à un taux anormalement élévé du fait de l'activité humaine " Stuart Champlin, Université de l'Alaska.

Pourtant certains affirment que les fermiers ou les propriétaires de Ranch ne veulent pas des ours ou des loups. Pour moi ce sont des bêtises, dans certains secteurs les ours descendent dans les plaines pour passer l'hiver et il me semble que les propriétaires de Ranch coopèrent. Bien sur il y a toujours quelques personnes pour protester. Que pensez vous du projet Yellowstone to Yukon ? (faire explication) C'est une grande idée que de protéger des corridors pour laisser circuler les animaux. Les routes vont toujours plus loin et amènent de plus en plus de personnes au cœur de zones jadis sauvages. Il est vraiment important de garder des espaces libres pour permettre à la faune de se déplacer sur de longues distances.

Après tant d'année dans le wilderness canadien, qu'est ce que les ours vous ont appris ? " Si vous traitez un ours de la bonne façon, il vous traite de la bonne façon . Si vous le laissez tranquille, il vous laisse tranquille " " Les ours m'ont appris beaucoup de choses, mais surtout m'ont enseigné le respect mutuel " Charly a été attaqué une fois, c'est la seule et unique fois que cela est arrivée dans toute notre vie au contact avec les ours. Jamais aucun de mes clients ou moi même n'ont jamais été attaqué durant tout ma carrière de guide dans les Rocheuses. Il a fallut une fois que j'abatte un ours blessé par un client effrayé, je l'ai abattu vraiment au dernier moment, j'ai vraiment détesté ça. Nous pouvons réellement coexister avec les ours sans problème, il suffit de connaître leur comportement et de les respecter comme il nous respecte.

Il semble donc que vous êtes optimiste pour l'avenir de l'ours au Canada. Oui très optimiste, je les aime vraiment. Un après-midi en descendant sur la piste depuis notre maison dans le fond de vallée, je suis tombé sur un gros ours noir. Il était dans l'eau. Tranquillement installé sur le dos dans une mare boueuse, il profitait tout simplement de la journée ensoleillée…ce sont des animaux fantastiques.

Note de l'auteur : Le gouvernement de BC vient de mettre en place un moratoire de 3 ans sur la chasse aux grizzlis. Le ministère de l'environnement de BC admet que " la coupe de bois et l'exploitation forestières sont la seconde menace la plus importab=nte après le developpement urbain et l'agriculture " En 1998 selon une étude de l'American Fisheries Society : 140 lieux de reproduction des saumons avaient disparues alors que 624 étaient menacés en BC La Colombie-Britannique a pourtant protégé 12 % de son territoire grand comme deux fois la France. Elle atteint ainsi les recommandations internationales, mais les 2/3 de ces terres sont en fait des zones alpines et de glacier qui sont sans utilité pour la faune. Sur la Côte Pacifique entre Knight Inlet et Prince Rupert soit plus de 400 km du Nord au Sud, plus de 15 vallées ont été ouverte à l'exploitation forestière entre 1990 et 1997, à cette époque plus de 40 autres sites de coupes de bois étaient prévus.

Que pensez-vous de la protection des ours en Europe ? Je crois qu'ils ne se débrouillent pas si mal. Dans certaines parties d'Europe il reste encore des populations importantes d'ours bruns. Dans quelques pays, les autorités ont fait de réel efforts pour protéger les ours….ils n'ont pas hésité à interdire ou limité l'accès à des zones importantes pour les ours. Bien sur il reste beaucoup de travail pour faire cohabiter les hommes et les ours sur un même territoire.

Avez vous une remarque en particulier à faire aux européens au sujet de la protection de l'environnement ? Il est vraiment important de protéger la nature. Nous faisons tous parti de la nature et si nous perdons une partie de cet héritage nous perdons une partie de nous même. Certaines espèces comme les ours sont des symboles. Nous devons garder en vie ces symboles pour garder notre âme.

Pensez-vous que l'espèce humaine est une espèce dangereuse pour la planète ? Oui bien sur, nous pouvons être extrêmement dangereux. Nous avons le pouvoir de déstabiliser la nature, de la détruire…nous devons être plus attentifs et soucieux de notre environnement et de son équilibre.

Est-ce que les amérindiens sont pour vous plus respectueux de cet équilibre ? Vous savez, je suis très proche des amérindiens du Sud de l'Alberta. Je fais parti des aînés de la confédération Blakfoot, en fait de la nation Peigans, c'est un lien spirituel. Les amérindiens en plusieurs milliers d'année n'ont jamais exterminé ou menacé une espèce…jamais… Ils ont par exemple des liens très forts, une relation particulière avec les ours. L'ours noirs ou les ours grizzlis sont des espèces sacrées. Ils ont toujours montré beaucoup de respect pour les animaux. Avant de tuer ou de chasser, les amérindiens faisaient des prières pour remercier l'animal… Dans une certaine mesure leur relation avec la nature est restée la même qu'auparavant, mais en même temps elle a évolué…les ressources naturelles (chasse, pêche) restent importantes pour certains amérindiens dans de nombreuses régions du Canada. Par exemple sur la côte Ouest, les poissons se font plus rares à cause de la sur pêche industrielle…cela fait longtemps que les amérindiens nous disent et nous répètent que nous exploitons trop les ressources locales, mais jamais nous ne les avons écouté. Dans tous les cas, ils gardent un lien spirituel avec la nature. Je suis très proche d'un des chef spirituel de la nation Peigans…cela n'a pas d'importance si vous me croyez ou pas, mais, à trois reprises j'ai assisté à des cérémonies au cours des quelles, ce chef spirituel faisait appel à l'aigle pour obtenir sa protection…une fois plus de 800 personnes étaient présentes et à chaque fois les aigles sont venus !

C'est finalement une relation presque plus surnaturelle pour nous que naturelle : Oui, je crois que l'on peut dire cela de notre point de vue….je l'ai vu et entendu prier et les aigles sont venus….que peut-on ajouter, c'est juste arrivé…même si cela ne semble pas possible…est ce vraiment naturel ? Peut-on dire ça ou dire non je ne le crois pas…nous devons reconnaître qu'ils ont un lien particulier avec la nature. C'est vraiment quelque chose de spécial !

La porte de la maison vint de s'ouvrir sur Charly Russel. Célèbre pour son engagement pour la protection des ours il suit les traces de son père et permet par son travail sur le terrain à acquérir une meilleure connaissance du comportement des ours. Il a passé plusieurs années sur la côte Pacifique de la Colombie-Britannique pour protéger les ours Kermode de l'île de la Princesse Royale avant de s'impliquer durant 4 ans dans l'étude des ours de la Péninsule du Kamchatka en Russie.

Andy Russel reprend notre conversation en me montrant une photo de Charly accrochée dans un coin de la cuisine: " Mon fils Charly a vraiment été très proche des ours, regardez cette photo prise dans la vallée de Khutzeymateen en Colombie-Britannique, il est à peine un mètre. Il était dans les buissons quand l'ours s'est approché, Charly n'a pas bougé, il ne faut jamais courir pour éviter un ours. L'ours était si proche que Charly a pu lui toucher la gueule et les dents. L'ours lui a donné une petite tape. Charly lui à calmement parlé : " Ce n'est vraiment pas gentil tu sais, tu ne devrais pas faire ça ! "Lorsqu'il est vraiment proche, il parle aux ours, cela change leur attitude. Il a beaucoup étudié les ours grizzly et Kermode sur la côte pacifique de Colombie-Britannique (note de l'auteur : ours noirs présentant un phase blanche, ce ne sont pas des albinos, mais environs 10 % de la population des ours noirs de l'île de la Princesse Royale présente cette particularité génétique extrêmement rare)

Il a également passé 4 ans au Kamchatka pour étudier les ours de la région et il a visité l'Europe de l'Est (Slovenie) pour observer les ours bruns. Il avait une relation très particulière avec un des ours en Russie, ils montraient chacun beaucoup de respect l'un pour l'autre.

Pour cette famille de naturalistes engagés dans la protection de la nature et des ours il ne fait aucun doute que nous pouvons coexister avec eux. Ils sont les symboles d'une nature sauvage intacte et donne une grandeur particulière aux espaces qu'ils fréquentent. Nous avons beaucoup à apprendre des animaux et ne devons pas oublier les liens si particulier qui nous relient à notre environnement sous peine de perdre notre âme. Andy Russel plus que tout autre s'est battu contre les préjugés, l'ignorance et les intérêts personnel pour sauver une des espèces emblématiques de l'Ouest Canadien. Nous ne pouvons que rester admiratif devant un combat, un idéal qui a dirigé une vie entière et permet aux générations futures de profiter du wilderness. Certains s'émeuvent de la relative augmentation de cas d'attaque d'ours ou d'autres animaux tel que les couguars en Amérique du Nord et au Canada sans considérer la formidable expansion des hommes dans le wilderness. Il semble que les nouveaux arrivants sur ces terres encore sauvages ne prennent pas toujours la juste mesure de leur environnement. Avant de s'installer dans un lieu de résidence idyllique, ne devrais t'on pas considérer la réalité de la présence d'animaux potentiellement dangereux pour l'homme si l'on ne respecte pas un certain nombre de règles. Plus que de chercher à dominer, contrôler et aseptiser une nature sauvage, ne faudrait-il pas accepter le fait que nous partagions un territoire avec d'autres espèces dont nous envahissons l'espace. Que répondre alors à ces nouveaux résidents qui se plaignent de la présence de couguars dans leur jardin et de la disparition de leur animal de compagnie…alors qu'aucune maison n'était présente dans ces vallées depuis des milliers d'années ! Pourquoi demander à des animaux de changer leur comportement alors que nous envahissons leur espace vital ? Est si nous considérions la situation de l'autre point de vue, qu'elle serait notre réaction un matin en découvrant qu'une autre personne vient de s'installer dans notre jardin avec toute sa famille et mange les légumes de notre potager ????

Andy Russel : Légende de l'Ouest canadien.

Rencontre du 9 mars 2001, dans sa maison à la limite du Parc National de Waterton au Sud de Twin Butte en Alberta, Canada.

Entrevue réalisée par Patrice Foresti.

Andy Russel © Patrice Foresti

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